Martin

Martin 000-28 de 1949

€23.900

Martin 000-28 de 1949 : le palissandre brésilien et l’élégance des années North Street

L’une des 122 Martin 000-28 produites en 1949, associant épicéa de Sitka, palissandre brésilien et diapason court : une guitare remarquablement conservée, au cœur d’une tradition qui relie la country au blues acoustique.

Martin : une entreprise familiale à un tournant de son histoire

Fondée à New York en 1833 par Christian Frederick Martin, la maison s’installe en Pennsylvanie en 1839, à proximité de Nazareth. La fabrication s’organise ensuite autour du site de North Street, qui restera le centre de production jusqu’au déménagement vers Sycamore Street en 1964. Cette 000-28 provient ainsi des ateliers historiques dans lesquels se sont progressivement définies les grandes guitares acoustiques Martin. 

L’ancienne manufacture Martin de North Street, à Nazareth, où fut construite cette 000-28 de 1949, avant le transfert de la production vers Sycamore Street en 1964.

(Source : www.prnewswire.com)

Son année de fabrication correspond à une période de stabilité retrouvée. Dans Martin Guitars: A History, Richard Johnston et Dick Boak décrivent les années 1947–1964 comme celles d’une croissance régulière, après les difficultés de la Grande Dépression et les pénuries de guerre. Sous la direction de Christian Frederick Martin III, la manufacture privilégie les modèles éprouvés et une esthétique sobre : les guitares richement ornées de nacre, retirées pendant le conflit, ne sont pas immédiatement réintroduites. Markdown collé

De gauche à droite, Christian Frederick Martin III, son fils Frank Herbert Martin et son père Frank Henry Martin, réunis sur un portrait de trois générations de la famille Martin.

(Source : www.martinguitar.com)

Ainsi cette 000-28 de 1949 exprime particulièrement bien cette philosophie : une construction traditionnelle, des matériaux de premier plan et une décoration qui laisse pleinement apparaître les lignes de l’instrument.

Le style 28 : une identité héritée du 19ème siècle

Le style 28 trouve ses origines dans les années 1850. Son numéro correspond initialement au prix de certaines guitares proposées à vingt-huit dollars ; il devient ensuite une désignation durable de leur niveau d’équipement, reconnaissable notamment à la bordure de table en chevrons et à la rosace composée de plusieurs groupes de filets. 

Il faut donc distinguer les deux parties du nom : 000 désigne le format de caisse, tandis que 28 renvoie à une tradition de matériaux et de présentation. La 000-28 transpose cette identité ancienne dans une guitare adaptée aux usages musicaux du 20ème siècle.

De 1902 à 1934 : les proportions d’un futur classique

Introduit en 1902, le format 000 répond à la recherche d’une guitare plus ample et plus sonore. Christian Séguret rappelle que sa largeur de quinze pouces au bas de caisse constituait alors un agrandissement considérable : ce qui nous paraît aujourd’hui confortable et mesuré représentait une grande guitare pour les musiciens du début du siècle. 

En 1929, les échanges avec Perry Bechtel conduisent Martin à développer une guitare à quatorze cases hors caisse, inscrite dans les archives comme une 000-28 Special. Cette évolution donne naissance à l’Orchestra Model, ou OM, et améliore l’accès au registre aigu. 

En 1934, les 000 à quatorze cases prennent la succession des premières OM, puis adoptent un diapason court au cours de l’année. Cette combinaison définit l’architecture dont descend l’exemplaire présenté : une caisse aux dimensions généreuses, une taille marquée et un manche dont la longueur vibrante favorise la souplesse du toucher. À cordes et accordage identiques, la tension moindre facilite les vibratos, les tirés de cordes et les nuances du jeu aux doigts. 

1949 : une esthétique nouvelle, une construction de tradition

Cette guitare associe une table en épicéa de Sitka, un fond et des éclisses en palissandre brésilien, un manche en acajou, ainsi qu’une touche et un chevalet en ébène. Le diapason court et les proportions de la caisse donnent à cet ensemble une vocation particulièrement polyvalente, de l’accompagnement au jeu instrumental.

Le palissandre brésilien inscrit l’instrument dans une période importante de la production Martin : cette essence reste employée pour les fonds et éclisses des modèles standard en palissandre jusqu’à son remplacement en 1969. Sa présence constitue aujourd’hui un élément majeur de l’identité historique de cette 000-28.

Deux évolutions expliquent également sa place dans la chronologie du modèle. À la fin de 1944, Martin commence à remplacer les barrages sculptés en creux, dits scalloped, par une construction plus rigide, notamment pour mieux supporter l’usage de cordes de fort tirant. Puis, en 1947, la marqueterie herringbone disparaît des guitares de style 28 au profit de filets noirs et blancs : selon l’histoire publiée par Martin, les réserves de cette marqueterie fabriquée en Allemagne étaient épuisées. 

Le manche conserve le renfort fixe en acier à section en T, ou T-bar. Introduit à la fin de 1934, remplacé temporairement par de l’ébène pendant la guerre puis rétabli après celle-ci, ce dispositif contribue à la rigidité du manche et caractérise cette génération de Martin. 

Une production annuelle de seulement 122 exemplaires

Selon les tableaux de Richard Johnston et Dick Boak que vous indiquez, 122 Martin 000-28 ont été produites en 1949. Ce chiffre est également repris dans une notice spécialisée consacrée à un autre exemplaire du millésime, qui mentionne 427 D-28 pour la même année : la 000-28 était donc fabriquée en quantité sensiblement plus restreinte que la Dreadnought correspondante. 

L’intérêt de cet exemplaire réside dans la réunion de cette production limitée et d’un excellent état de conservation. Il représente une année précise de l’histoire du modèle, avec ses matériaux, ses choix de construction et sa nouvelle sobriété esthétique.

Des portraits des années quarante aux grandes scènes acoustiques

Bob Flannery et Mickie Evans : la présence du modèle à son époque

Durant les années 1940, Bob Flannery et Mickie Evans posent fièrement avec leurs Martin 000-28. Ces portraits rappellent que le modèle avait déjà sa place auprès des interprètes de son temps, bien avant que les guitares anciennes de Nazareth ne deviennent des instruments de collection.

Bob Flannery avec sa 000-28. 

(Source : J. Picard) 

Mickie Evans avec sa 000-28. 

(Source : J. Picard) 

Ils donnent à cette 000-28 de 1949 un contexte particulièrement évocateur : celui d’une guitare contemporaine de ces images, pensée pour accompagner des musiciens et construire, avec eux, une histoire de jeu.

Big Bill Broonzy : une référence fondatrice pour le blues

Le lien entre Big Bill Broonzy et la 000-28 est essentiel. Christie’s rapporte qu’Eric Clapton faisait remonter son intérêt pour les Martin aux photographies et aux films montrant Broonzy avec ce modèle à la taille étroite. La transmission est donc explicite : l’instrument participe à l’image du blues acoustique qui marque le jeune guitariste britannique. 

L’Old Town School of Folk Music de Chicago documente la conservation de la guitare utilisée par Broonzy pendant la dernière décennie de sa vie et rappelle sa participation à la première réunion de l’école en 1957. Cette histoire relie la guitare à la scène, mais aussi à la transmission du répertoire et des techniques de jeu. 

Big Bill Broonzy avec sa 000-28 de 1946. 

(Source : www.guitarworld.com)

Eric Clapton : une fidélité antérieure à Unplugged

En novembre 1970, pendant une tournée avec Derek and the Dominos, Eric Clapton acquiert à Nashville une 000-28 de 1966, ornée dans l’esprit du style 45 et connue sous le nom de « The Longworth ».

Christie’s documente son utilisation pendant les séances de 461 Ocean Boulevard, au printemps 1974, puis au cours des tournées suivantes. Elle figure également sur la photographie au dos de la pochette de l’album : la 000-28 accompagne ainsi un chapitre majeur de sa carrière solo. 

Andy Fairweather Low avec sa Martin 000-28/45 "The Longworth". 

(Source : www.groundguitar.com)

Lors de l’enregistrement de MTV Unplugged, le 16 janvier 1992, Clapton joue notamment sa 000-42 de 1939, tandis qu’utilise la 000-28 « Longworth ». Cette présence conjointe illustre la place durable du format 000 dans une musique fondée sur l’articulation, la nuance et le dialogue entre les guitares. 

Norman Blake : le prolongement d’une recherche de son et de confort

En 2002, Norman Blake commence à travailler avec Martin sur une variante signature de la 000-28, associant un manche à douze cases hors caisse à une caisse de 000 à quatorze cases et à un diapason court.

Cette configuration particulière prolonge une recherche personnelle d’équilibre acoustique et de confort. Martin précise que Blake utilise largement son exemplaire en palissandre brésilien, la 000-28B, pendant la promotion de Wood, Wire and Words, en 2015. 

1949 et une histoire personnelle

Tamponnée le 27 juin 1949, puis passée à l’inspection finale le 30 août 1949, cette guitare conserve une chronologie de fabrication précise.

D’après la provenance transmise, elle a appartenu depuis son origine à un marin britannique. Son excellent état général donne une présence particulière à cette histoire de conservation, tandis que les interventions anciennes témoignent de son entretien : un neck reset, destiné à rétablir l’angle du manche par rapport à la caisse, ainsi qu’une révision ont été réalisés il y a plusieurs années.

Un ancien système d’amplification a été retiré. Le perçage correspondant, situé au bas de la caisse à l’emplacement du bouton d’attache-courroie, a été anciennement rebouché.

Un témoin privilégié des Martin d’après-guerre

Ainsi cette Martin 000-28 de 1949 réunit les éléments qui rendent ce millésime particulièrement intéressant : une production annuelle limitée, l’association Sitka–palissandre brésilien, le renfort de manche en T et les proportions classiques de la 000 à diapason court.

En somme c'est une guitare issue des ateliers historiques de Nazareth, contemporaine des portraits de musiciens des années quarante tout en appartenant à une lignée durablement associée au blues acoustique, dans un état remarquable avec une sonorité plus que merveilleuse ! 

Caractéristiques techniques :

  • Format : 000 (14 cases hors caisse)
  • Style : 28 
  • Table : Épicéa Sitka
  • Fond : Palissandre Brésilien
  • Eclisses : Palissandre Brésilien
  • Manche : Acajou 
  • Touche : Ébène 
  • Largeur au sillet : 43 mm 
  • Radius : 14" 
  • Frettes :20 frettes 
  • Diapason : 24,9", (632,5 mm)
  • Profil : C / Soft V 
  • Pickguard : Acétate de Cellulose Écaille  
  • Accastillage : Mécaniques Kluson Deluxe 
  • Pays de fabrication : États-Unis, Pennsylvanie, Nazareth, North Street
  • Année : 1949
  • Tamponnage : 27 juin 1949
  • Inspection finale : 30 août 1949
  • Finition : Naturelle 
  • Décorations : Bordure de caisse en ivoroïde / Fins filets noirs et blancs autour de la table / Rosace à trois anneaux concentriques / Marqueterie centrale du dos à motifs géométriques « checkerboard » / Touche en ébène sans bordure / Repères circulaires en nacre de tailles graduées / Placage de tête en palissandre brésilien / Logo Martin doré / Plaque de protection imitation écaille / Chevalet « belly » en ébène 
  • Détails : Traces d'usure et d'utilisation normales à la vue de son ancienneté / Excellent état général / Parfait état de jeu / Remarquable exemplaire / Dans son étui d'origine 

Comme tous nos instruments, cette guitare a été réglée avec grand soin. 

Ainsi elle possède un très bon confort de jeu.

Cette Martin 000-28 de 1949 invite à découvrir une palette sonore ample, chaleureuse et enveloppante, mêlant des basses profondes et boisées, des médiums charnus et veloutés, des aigus limpides et chantants, ainsi qu’une richesse harmonique subtile, soyeuse et chatoyante. 

Elle possède une projection ample et précise, associée à une dynamique expressive, permet de passer d’un toucher délicat et feutré à une attaque franche et généreuse, en donnant du relief aux nuances comme aux accents rythmiques.

Son format équilibré et son diapason court favorisent un toucher souple, une expression délicate et un phrasé nuancé, pour faire vivre aussi bien les basses chaloupées d’un blues intimiste que les mélodies cristallines d’un fingerpicking raffiné ou les accords généreux d’un accompagnement acoustique qui embaumera toute la pièce ! 

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