Cette mandoline plate Bruno Klemm, produite entre 1890 et 1900, s’inscrit dans le contexte particulièrement dynamique de la lutherie germanique de la fin du 19ème siècle, période où l’Allemagne devient un centre majeur de fabrication d’instruments à cordes destinés au marché européen et à l’exportation.
À cette époque, la mandoline connaît un véritable âge d’or en Europe grâce au répertoire romantique tardif, à la musique de salon et à l’essor des orchestres à plectres, notamment en Allemagne, en Autriche et en France.
Bruno Klemm évolue au cœur de cette tradition, probablement dans l’aire culturelle de Markneukirchen, région de Saxe mondialement reconnue pour la concentration exceptionnelle de luthiers et de facteurs d’instruments, où un savoir-faire transmis sur plusieurs générations allie organisation efficace et finitions artisanales exigeantes.
Sa production semble orientée vers des instruments dits « de concert » ou « de luxe », destinés à une bourgeoisie cultivée attachée à la pratique musicale domestique, avec une attention particulière portée au choix des bois, à la précision des assemblages, à l’élégance des ornements et à la projection sonore.
Entre 1890 et 1900, la mandoline plate allemande se distingue nettement des modèles napolitains à dos bombé par un son plus direct, une jouabilité optimisée et une esthétique sobre et raffinée, caractéristiques que l’on retrouve dans les instruments signés Bruno Klemm.
L’essor de la mandoline en Allemagne est alors soutenu par la création de sociétés mandolinistiques, d’orchestres à plectres et par l’édition de nombreuses méthodes et partitions, structurant un répertoire spécifique privilégiant clarté polyphonique et précision.
Les mandolines Bruno Klemm, aujourd’hui relativement rares, témoignent d’une production mesurée privilégiant la qualité à la quantité, ce qui renforce leur intérêt historique et musical.
Il est enfin pertinent de situer Bruno Klemm dans la continuité de la tradition germanique qui a également influencé les premières guitares et mandolines Martin, Christian Friedrich Martin ayant été formé à Markneukirchen avant d’émigrer aux États-Unis en 1833.
Les instruments de Bruno Klemm et les premières productions Martin partagent ainsi des principes communs issus de cette école : stabilité structurelle, précision des assemblages, recherche d’une projection sonore maîtrisée, tables en épicéa sélectionné, fonds et éclisses en érable ou palissandre et vernis fins et fonctionnels.






















